J'étais seule. Terriblement seule. Funestement seule.
La seule personne susceptible d'être humaine était dressée devant moi, les babines retroussées sur des canines acérées, le regard fou. Ce n'était plus Jacob.
Je hurlais alors de toutes mes forces et traversant la chambre afin d'atteindre la porte. Au moment où je la refermais je sentis une force surhumaine la pousser dans le sens inverse. Sachant que c'était un duel perdu d'avance, je lâchais tout et traversait la cuisine jusqu'à la porte d'entrée. Ma seule chance de survivre était d'atteindre la Volvo d'Edward en un seul morceau : une distance qu'il me serait impossible d'atteindre avant d'être déchiquetée par un loup garou incontrôlable. Je saisis alors le téléphone au passage et m'enfermais dans la salle de bain, prenant soin de fermer la porte à clef et la bloquer provisoirement avec un meuble ; je doutais qu'une simple étagère à shampooing suffise à arrêter le monstre qui me poursuivait. J'entendis un fracas sourd provenant du salon puis des bruits de verre brisé. Jacob devait, à sa manière, sérieusement réarranger la disposition de meubles dans la maison.
Je tapais alors avec mes doigts tremblotant sur les touches du téléphone le numéro d'Edward.
En vain. En atterrissant sur son répondeur, je laissais le ténor posé d'Edward raisonner à mes oreilles plusieurs secondes, histoire d'apaiser mon c½ur affolé.
Jacob martelais désormais la porte de la salle de bain, faisant trembler toute la maison. Il poussa un nouveau hurlement guttural qui se prolongea dans un grognement de rage. Les coups reprirent contre la porte qui ne tarderait pas à éclater.
Prise de panique je composais alors le numéro de portable d'Alice. C'est au dernier bip que je reconnus avec soulagement sa voix si douce :
-Oui ?
-Alice ?! m'enquis-je. C'est Bella.
-Oh ! Salut ma Belle ! S'exclama-t-elle. Tu es toujours avec Jacob ? Parce que je ne vois pas ton ave...
-Alice, la coupais-je. Préviens Edward. Jacob devient fou, j'ai essayé de la raisonner mais il s'est transformé en loup...Il...je crois qu'il veut me tuer.
La voix douce de la jeune femme pris alors un ton grave. Elle parlait vite et avec urgence.
- Calme-toi Bella. Reste ou tu es et ne t'approches surtout pas de Jacob.
-Comme si j'en avais l'intention, marmonnais-je. Je ne suis pas assez débile pour me jeter dans la gueule du loup !
L'anxiété que je ressentais me fit ricaner contre mon gré au jeu de mot stupide que je venais de prononcer.
-Je cours prévenir Edward. Ou est-il ? poursuivit-elle, insensible à mes remarques.
-Il s'est arrêté à la frontière du territoire Quileute. Il m'y attend ! informais-je.
-Très bien. Surtout restes où tu es, recommanda-t-elle. J'arrive tout de suite.
Lorsque la ligne fut coupée ma frayeur revint de plus belle. Soudain, les martèlements contre la porte cessèrent. Je retins mon souffle et fermais les yeux.
Un silence macabre s'installa alors dans la maison puis un claquement sourd retentit.
-Bella ? Appela Jacob d'une voix faussement aguicheuse.
Je me mordis les lèvres pour éviter d'émettre un son.
Tout à coup la porte explosa littéralement. Je sentis des débris de bois et de verre entailler mes bras et l'étagère avec laquelle j'avais bloqué la porte me tomber sur les jambes, me clouant ainsi au sol face à mon prédateur, telle une mouche dans une toile d'araignée.
Dans l'encadrement de la porte, Jacob avait repris son apparence humaine. Il me surplombait de toute sa hauteur, le souffle court, ses yeux reflétant l'incompréhension.
Je pleurais silencieusement.
-Bella, c'est fini je suis...
Jacob n'eut pas le temps de finir sa phrase, un éclair blanc traversa la pièce en le projetant contre le mur dans un bruit sourd.
Edward.
Je vis Alice accourir dans la salle de bain où j'étais prisonnière et ôter sans difficulté la lourde étagère qui coinçait mes jambes.
-Tu peux marcher ? demanda-t-elle en avisant d'un air inquiet mes bras et jambes écorchés.
J'acquiesçais en silence. Plusieurs grondements sourds résonnèrent et je me levais précipitamment pour tenter d'empêcher le duel que j'avais toujours redouté, ayant longtemps été le sujet de mes cauchemars.
Edward se battait avec Jacob, redevenu loup. Le combat semblait équilibré : Jacob paraissait plus rapide qu'Edward mais ce dernier qui avait l'avantage de déchiffrer ses pensées, parvenait à esquiver ses coups en bondissant avec grâce autour du loup. Jacob s'épuisait à frapper dans le vide et ses grognements de rage s'amplifièrent.
-Arrêtez ! Hurlais-je. Je vous en pris, arrêtez.
Me revins à l'esprit une terrible didascalie de Roméo et Juliette. Ils se battent. Pâris meurt. Je frissonais d'horreur.
Edward ralentit et me regarda avec acidité. Jacob en profita alors pour bondir sur lui et le projeta au sol dans un bruit d'os brisé. Le vampire se releva rapidement et je remarquais avec soulagement que c'était le carrelage et non lui qui s'était fracassé.
Je me précipitais alors entre eux pour stopper le combat.
-Arrêtez ! suppliais-je une nouvelle fois en étirant mes bras en direction de Jacob et Edward comme pour les séparer.
Edward jura. Ses prunelles étaient d'un noir d'encre et tout son corps semblait secoué de tremblements de rage. Il se détendit légèrement, restant attentif aux moindres mouvements du loup. Ce dernier bouillait littéralement de haine, prêt à bondir à chaque instant.
Mes yeux rencontrèrent ceux de Jacob. Cette fois, il semblait conscient de ses gestes et ses prunelles sombres suintaient la colère et la douleur.
Nous restâmes ainsi de longues minutes avec pour seules paroles les grognements incessants de deux rivaux.
Soudain la porte d'entrée s'ouvrit à la volée et trois nouveaux loups garous firent irruption dans la pièce. Je reconnus le poil argenté de Paul, celui noir comme l'ébène de Sam et le dernier brun de Jared. Ma gorge se serra : les choses se compliquaient gravement.
Edward se contracta de nouveau, son effrayant grondement guttural résonnant dans sa gorge.
Alice se rapprocha de son frère, prête à le rejoindre dans la bataille.
Les quatre loups fulminaient : deux vampires en territoire Quileute, le traité était rompu.
Je remarquais qu'Alice et Paul ainsi qu'Edward et Sam s'étaient lancés dans un duel mental en se fixant du regard le plus méprisant possible. Paul retroussa les babines dans un rictus mauvais et se cambra sur ses pattes arrière. Je ne compris que trop tard ses intentions et mon cri d'alerte résonna dans la maison avec quelques secondes de retard.
L'énorme bête se jeta sans ménagement sur la fluette Alice, ses griffes s'enfoncèrent dans sa poitrine en la déchirant. La jeune femme fut propulsée contre le buffet de bois qui s'effondra à son contact. En dépit de l'horrible fracas que provoqua le choc, j'étais consciente que cette fois il n'y avait pas seulement le meuble qui s'était brisé.
Je me précipitais vers Alice, ensevelie sous les décombres de bois.
Paul regardait maintenant Edward avec une animosité dévastatrice.